Devenir bilingue, une force
Un enfant bilingue connaît-il vraiment plus de mots ?
29 septembre 2026
Un enfant qui connaît le mot « chien » en français et « dog » en anglais connaît-il un mot ou deux ?
La réponse paraît évidente : deux mots.
Mais si l’on demande maintenant : « Connaît-il un concept de plus qu’un enfant qui ne connaît que le mot chien ? », la réponse devient beaucoup plus intéressante.
C’est l’une des questions qu’étudient les chercheurs qui travaillent sur le vocabulaire des enfants bilingues. Et elle permet de comprendre quelque chose d’essentiel : mesurer le vocabulaire d’un enfant bilingue dans une seule langue donne une image très incomplète de ce qu’il sait réellement.
Deux langues, mais un seul cerveau
Lorsqu’un enfant apprend le français et l’anglais, il ne construit pas deux dictionnaires totalement indépendants. Les deux langues interagissent. Il peut connaître :
- chien → dog
- maison → house
- manger → eat
- chaud → hot
Dans ces cas, les deux mots renvoient à un même concept. Les chercheurs parlent d’équivalents de traduction (translation equivalents).
C’est pour cette raison qu’on distingue généralement deux façons de mesurer le vocabulaire d’un enfant bilingue :
- le vocabulaire total : on additionne les mots connus dans les deux langues. Chien et dog comptent pour deux ;
- le vocabulaire conceptuel : on compte les concepts. Chien / dog = un concept, connu dans deux langues.
Cette distinction est aujourd’hui classique dans l’étude du développement du vocabulaire bilingue.
Alors, « dog » n’est-il qu’un mot de plus ?
C’est là que les choses deviennent plus subtiles.
Dire que chien et dog correspondent au même concept ne signifie pas que les deux connaissances sont identiques. L’enfant doit apprendre une nouvelle forme sonore, plus tard une nouvelle forme écrite, une nouvelle manière de prononcer le mot. Et surtout, il doit apprendre dans quels contextes cette forme s’emploie.
Les équivalents de traduction ne se superposent d’ailleurs pas toujours parfaitement. Deux mots peuvent désigner globalement la même réalité tout en étant associés à des usages ou des nuances un peu différents.
Un enfant connaît le mot « pain ». Lorsqu’il apprend « bread », il n’acquiert pas seulement une nouvelle étiquette. Il apprend aussi que cette forme est utilisée par des anglophones, dans des phrases anglaises, avec d’autres associations de mots et d’autres constructions grammaticales.
Sa connaissance de la langue devient donc plus riche.
Le bilinguisme augmente bien le nombre de mots connus
Sur ce point, les recherches sont assez claires. Lorsqu’on additionne les mots connus dans les deux langues, le vocabulaire total d’un enfant bilingue peut être nettement plus important que celui mesuré dans une seule langue.
C’est important, car un enfant bilingue peut avoir une partie de son vocabulaire dans une langue et une autre partie dans l’autre. Il peut par exemple connaître :
- en français : voiture, chaussure, jardin, fenêtre ;
- en anglais : train, playground, butterfly, cloud.
Si on ne le teste qu’en français, une partie de ce qu’il connaît disparaît du résultat. Son vocabulaire n’est pas absent : il est réparti entre deux langues. C’est aussi pour cela qu’un enfant bilingue mélange parfois les langues : il prend le mot qui lui vient, dans la langue où il le connaît.
Mais plus de mots ne veut pas dire plus de concepts
C’est ici qu’il faut corriger une idée très séduisante :
« Si mon enfant connaît 500 mots français et 500 mots anglais, il a 1 000 mots de vocabulaire, contre 500 pour un enfant monolingue. »
En nombre de mots, oui. Mais cela ne signifie pas qu’il connaît 1 000 concepts. Si 300 de ses mots anglais sont les équivalents de mots français qu’il connaît déjà, il connaît 700 concepts, pas 1 000.
C’est exactement pour cela que les chercheurs utilisent aussi le vocabulaire conceptuel, qui ne compte qu’une fois un concept connu dans les deux langues.
Il faut donc distinguer trois choses : le nombre de mots, le nombre de concepts, et la richesse de ce que l’enfant sait faire avec ces mots.
Pourquoi apprendre « dog » si l’enfant connaît déjà « chien » ?
Parce que l’enfant ne gagne pas seulement une traduction. Il gagne un deuxième accès au même concept.
Imaginez un réseau. Au centre, le concept de chien. Une branche mène au mot chien, une autre au mot dog. Le concept reste largement commun, mais le réseau s’enrichit, et l’enfant peut désormais y accéder dans deux environnements linguistiques différents.
Cela devient particulièrement intéressant lorsque l’enfant utilise réellement les deux langues : à l’école, en famille, avec des amis, dans des livres ou des activités, les deux mots s’activent dans des contextes différents.
Les deux langues peuvent s’aider mutuellement
Les deux langues ne sont donc pas simplement concurrentes. Connaître un mot dans une langue peut faciliter l’apprentissage de son équivalent dans l’autre.
Une étude publiée en 2024 dans la revue Developmental Science (Tan, Marchman et Frank, université Stanford) a analysé quatre ensembles de données bilingues, français-anglais et espagnol-anglais, portant sur 419 enfants au total. Résultat : connaître un mot augmente la probabilité de connaître son équivalent dans l’autre langue, surtout chez les plus jeunes et lorsque les deux mots se ressemblent à l’oreille.
Autrement dit, le vocabulaire déjà construit dans une langue peut servir de tremplin pour développer l’autre. Une expérience bilingue riche ne consiste pas à additionner deux listes de mots : les deux systèmes interagissent.
Deux réseaux qui se chevauchent
Prenons un enfant qui connaît chat et cat. Il possède deux mots pour un même concept. Mais il peut aussi rencontrer, en anglais, cat → kitten → animal → pet, et en français, chat → chaton → animal → animal domestique.
Les deux langues peuvent organiser certaines connaissances un peu différemment. Le vocabulaire bilingue ne ressemble donc pas à deux colonnes identiques, mais plutôt à deux réseaux qui se chevauchent en partie :
- certains concepts sont connus dans les deux langues ;
- d’autres surtout dans une seule ;
- certains mots ont un équivalent direct ;
- d’autres beaucoup moins.
C’est pourquoi les chercheurs insistent : pour évaluer correctement le vocabulaire d’un enfant bilingue, il faut regarder ses deux langues ensemble. Des travaux menés auprès de très jeunes enfants bilingues montrent d’ailleurs qu’ils mobilisent leurs connaissances dans les deux langues pour traiter le sens des mots.
Chaque mot anglais ajoute-t-il un concept ?
Il faut employer les bons termes.
Dire : « Chaque mot anglais ajoute un nouveau concept » serait faux.
Dire : « Chaque nouveau mot anglais ajoute une nouvelle forme et peut enrichir le réseau de mots de l’enfant, même lorsqu’il correspond à un concept déjà connu en français » est beaucoup plus juste.
Et c’est même plus intéressant. Car la richesse du langage ne dépend pas seulement du nombre de concepts différents : elle dépend aussi de la profondeur avec laquelle ces concepts sont représentés et accessibles.
Combien de mots sont des « doublons » ?
Il n’existe pas de chiffre universel. On lit parfois qu’une grande majorité — 80 %, par exemple — des mots de la seconde langue seraient des doublons, ou au contraire autant de concepts nouveaux. Les données ne permettent d’affirmer ni l’un ni l’autre.
La proportion d’équivalents de traduction varie beaucoup d’un enfant à l’autre, selon l’âge, les langues et l’exposition à chacune. Une étude menée auprès de jeunes enfants français-anglais par une équipe de l’université Concordia, à Montréal (Journal of Child Language, 2017), a montré que ces équivalents s’acquièrent progressivement, et qu’ils sont d’autant plus nombreux que l’exposition aux deux langues est équilibrée.
Cela ne diminue pas l’intérêt du bilinguisme
C’est même l’inverse. Le piège consiste à réduire la valeur du bilinguisme à un compteur : 500 mots, 1 000 mots, 2 000 mots. Le langage ne fonctionne pas comme une collection de cartes Pokémon.
Ce qui compte aussi, c’est la façon dont ces mots sont organisés, compris, associés et utilisés. Un enfant qui connaît chien et dog peut :
- comprendre une histoire en français et une autre en anglais ;
- parler avec une personne francophone et une personne anglophone ;
- apprendre une notion dans une langue et la retrouver dans l’autre.
La seconde langue devient un nouvel environnement dans lequel tout son vocabulaire peut fonctionner.
Le vocabulaire doit être riche dans chaque langue
Il serait pourtant dangereux d’en conclure : « Plus on ajoute de langues, plus le vocabulaire devient immense. »
Non. L’exposition compte énormément. Un enfant bilingue développe chaque langue en fonction de la quantité et de la qualité des échanges qu’il y vit. Un enfant qui entend très peu une langue ne développera pas un vocabulaire riche dans cette langue.
Le bilinguisme ne consiste donc pas à diviser un même apprentissage en deux : il faut construire suffisamment d’expériences dans chacune des langues. Et à la maison, la langue dans laquelle les parents parlent avec le plus de richesse reste précieuse — nous y consacrons un article : quelle langue parler à son enfant à la maison ?
Pourquoi une immersion régulière n’est pas un cours d’anglais
Une heure d’anglais par semaine et une exposition quotidienne à l’anglais ne constituent pas la même expérience. En immersion, l’enfant rencontre la langue :
- pendant une activité ;
- dans une histoire ;
- lors d’un échange ;
- pendant un jeu ;
- dans une consigne ;
- dans un projet ;
- dans une conversation.
Il ne rencontre donc pas seulement des mots : il rencontre des mots en contexte. Et c’est le contexte qui construit les associations nécessaires à une connaissance plus riche de la langue.
Le véritable avantage n’est pas « deux fois plus de mots »
La formule serait séduisante dans une publicité. Mais elle serait scientifiquement trop simpliste.
Le constat solide est celui-ci : un enfant bilingue développe un vocabulaire réparti entre deux langues. Lorsqu’on considère les deux ensemble, on obtient une image beaucoup plus complète de ce qu’il sait. Et lorsqu’il connaît des équivalents de traduction, il possède non seulement deux mots pour un même concept, mais aussi la capacité de mobiliser ce concept dans deux langues différentes.
C’est une richesse différente, pas simplement une quantité supérieure.
Ce que cela change pour l’école
Pour une école bilingue, la distinction est importante. Développer le bilinguisme ne consiste pas à faire mémoriser davantage de vocabulaire. Il faut permettre aux enfants de vivre les deux langues : les entendre, les comprendre, les utiliser, rencontrer les mots dans des situations différentes, construire des associations, réutiliser le vocabulaire.
Et progressivement, passer d’une compréhension parfois très dépendante du contexte à une utilisation plus spontanée. C’est tout l’intérêt d’une pédagogie active : l’enfant se sert de la langue pour faire quelque chose qui a du sens pour lui.
L’objectif n’est pas de remplir deux dictionnaires dans la tête de l’enfant, mais de construire un réseau riche dans lequel les deux langues se complètent et se renforcent.
Ce que les parents peuvent observer
Plutôt que de demander seulement : « Combien de mots anglais connaît mon enfant ? », il est intéressant d’observer :
- ce qu’il comprend sans traduction ;
- les mots qu’il utilise spontanément ;
- les expressions qu’il reconnaît ;
- sa capacité à comprendre une histoire ;
- sa capacité à suivre une consigne ;
- les situations dans lesquelles il utilise l’anglais ;
- sa capacité à passer d’une langue à l’autre ;
- la manière dont son vocabulaire évolue dans les deux langues.
Le nombre de mots reste une information utile. Mais le réseau de connaissances derrière ces mots compte au moins autant — c’est aussi ce que regarde un suivi des progrès qui ne se limite pas aux notes.
Le bilinguisme ne double pas le vocabulaire : il change sa structure
C’est probablement la meilleure façon de résumer ce que l’on sait aujourd’hui.
Un enfant bilingue n’a pas forcément deux fois plus de concepts qu’un enfant monolingue, et il serait faux d’affirmer que chaque mot appris dans une seconde langue correspond à un concept nouveau. En revanche, il peut développer :
- davantage de mots ;
- des connaissances réparties entre deux langues ;
- des équivalents de traduction ;
- des associations de mots dans deux environnements linguistiques ;
- et parfois, utiliser ce qu’il sait dans une langue pour apprendre plus vite dans l’autre.
C’est beaucoup plus subtil que « deux langues = deux fois plus de mots ». Mais c’est aussi beaucoup plus intéressant.
À Da Vinci Private School
À Da Vinci Private School, nous considérons le bilinguisme non comme l’accumulation de listes de vocabulaire, mais comme la construction progressive d’une véritable compétence dans deux langues. La semaine y est partagée à parts égales entre le français et l’anglais, avec une institutrice pour chaque langue.
Les Enfants rencontrent l’anglais dans des situations concrètes, en parallèle du français, pour que les mots s’inscrivent peu à peu dans des contextes, des expériences et des échanges.
L’objectif n’est pas seulement qu’un Enfant connaisse le mot « dog » après avoir appris « chien ». C’est qu’il puisse un jour entendre dog, comprendre immédiatement, l’utiliser naturellement dans une phrase, et mobiliser cette connaissance lorsqu’il écoute, lit, joue ou apprend en anglais.
Découvrez notre maternelle bilingue et notre école primaire bilingue.
Une langue de plus, ce n’est donc pas seulement des mots de plus. C’est un nouvel accès au langage, aux connaissances et au monde.
Prêt à découvrir le Cocon d'Évolution ?
Le micro-campus accueille 45 enfants au total. Prenez le temps d'échanger avec nous pour voir si l'école correspond à votre enfant.
Candidater pour une Admission